Paris se prépare à rouler sans Autolib’

De crise en crise… Quand il ne débat pas des déboires répétés de Vélib’, le Syndicat Autolib’ Vélib’ métropole (SAVM) se penche sur le gouffre financier d’Autolib’. Ce jeudi, à 15 heures, la centaine d’élus siégeant au comité syndical votera pour décider s’il faut résilier le contrat avec le groupe Bolloré qui gère ce service d’autopartage en région parisienne depuis son lancement fin 2011.

Cette résolution surprise ajoutée vendredi dernier suscite beaucoup de réactions. «Nous allons demander à ce que l’examen de cette délibération soit reporté, car nous n’avons pas d’informations sur les conséquences financières de cette résiliation, révèle au Figaro Philippe Brillault, maire LR du Chesnay, qui fèdère une quinzaine de collectivités. Si nous n’obtenons pas gain de cause, nous attaquerons le SAVM devant le tribunal administratif pour obtenir que le Syndicat indemnise les communes pour le préjudice lié à cette résiliation hâtive.» Des salariés d’Autolib’ seront aussi devant la salle jeudi pour manifester leur opposition à cet arrêt. Enfin, une pétition lancée mercredi par un client appelant au maintien de ce service, relayée par Autolib’ auprès des usagers, avait déjà recueilli plus de 14.000  signatures mercredi soir.

Néanmoins, la résiliation devrait être adoptée sans grande difficulté. C’est Anne Hidalgo qui l’a soufflée. La maire de Paris a jugé «abracadabrantesque» les 233 millions d’euros demandés par l’entrepreneur breton au SAVM pour éponger les pertes prévisionnelles jusqu’en 2023. Or la première élue de la capitale dispose de 55 % des voix au comité syndical. Si Hidalgo tranche dans le vif, c’est dans la perspective des municipales de 2020 où elle veut briguer un nouveau mandat. Elle préfère régler le problème aujourd’hui plutôt que le scandale n’éclate en pleine campagne électorale.

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Mais ce vote ne résoudra pas tous les problèmes. Avec la résiliation, s’ouvrira une période pleine d’incertitudes. Par exemple, on ne sait pas quand les clients d’Autolib’ ne pourront plus utiliser les 4000 petites voitures électriques. Juridiquement, le service peut s’interrompre dès la notification de la résiliation, soit vendredi ou lundi. Selon nos informations, les deux parties discutent pour que cet arrêt intervienne un peu plus tard. Mais le répit se compterait plus en jours qu’en mois.

500 emplois menacés

Pour faire passer la pilule, Anne Hidalgo et le SAVM affirment que d’autres acteurs de l’autopartage plutôt en «free floating» prendront la suite d’Autolib’. Mais on voit mal comment ces opérateurs pourraient en quelques mois déployer autant de véhicules qu’Autolib. Et il serait étonnant qu’ils exploitent leur service dans les banlieues où il y a moins de trafic. Ce sont donc les clients qui paieront les pots cassés de ce fiasco.

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Dernière interrogation: que deviendront les 500 collaborateurs qui exploitent Autolib’? Pour les 250 qui sont salariés chez Autolib’, le SAVM et Bolloré se renvoient la balle. L’industriel estime qu’ils doivent être repris par le Syndicat. Le SAVM soutient la thèse contraire. Quant aux 250 autres salariés du groupe Bolloré employés pour gérer Vélib’, c’est à l’entrepreneur breton de régler leur sort. Dans tous les cas, la perspective de licenciements massifs se profile. Un immense gâchis à l’image de la gestion globale de ce dossier.

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